Article de Julie Zuber, étudiante en Master 1 à IRAM.

Depuis des millénaires, notre monde évolue, ses cultures, ses hommes, ses habitations mais aussi ses modes de vie, qui engendre par la suite d’autre évolution. Mais l’évolution de notre monde a des conséquences plus que dramatique sur notre planète. En effet, l’ère du numérique dont nous sommes des acteurs majeurs, nous aveugle par ses nouvelles technologies qui facilite nos modes de vie. Beaucoup d’entre nous n’en ont pas encore conscience, mais nous sommes spectateurs et acteurs du dégradement de notre planète par cette consommation massive des nouvelles technologies. L’ère du numérique a fait apparaitre de nouveaux déchets, plus toxiques, qui contiennent souvent des substances ou composants dangereux pour l’environnement, mais ils sont surtout en plein expansion. On les désigne sous le sigle DEEE ou D3E (Déchets d’Équipements Électriques et Électroniques).

© Vidberg.

L’obsolescence programmée

En général, « déchet » rime souvent avec « gaspillage ». Et pour cela, c’est un domaine dans lequel les producteurs de produits électroniques excellent ! En effet les grandes distributions du numérique et des nouvelles technologie ont instauré une règle simple et dévastatrice : l’obsolescence programmée des machines pour, d’après Brooks Stevens, designer industriel américain, (1954) « inculquer à l’acheteur le désir de posséder quelque chose d’un peu plus récent, un peu meilleur et un peu plus tôt que ce qui est nécessaire ».

L’obsolescence est due en parti à cause de la forte accélération de l’innovation technologique, les produits sont devenus toujours plus performants mais également moins résistants et plus rapidement renouvelés. Les mécanismes impliqués dans cette obsolescence des objets peuvent être techniques (réparabilité, compatibilité avec les avancées technologiques) mais également de l’ordre du psychologique lorsque le consommateur est poussé à acheter un nouveau produit alors que l’ancien fonctionne encore. Dans sa récente proposition de loi, le sénateur Jean-Vincent Placé rappelle la définition de l’ADEME : « la notion d’obsolescence programmée dénonce un stratagème par lequel un bien verrait sa durée normative sciemment réduite dès sa conception, limitant ainsi sa durée d’usage pour des raisons de modèle économique. Ces techniques peuvent notamment inclure l’introduction volontaire d’une défectuosité, d’une fragilité, d’un arrêt programmé, d’une limitation technique, d’une impossibilité de réparer ou d’une non-compatibilité logicielle ».

© Danwatch. Combustion de déchet au Ghana

Un enjeux environnemental

Il semble évident que l’obsolescence programmée convienne au plus grand nombre : les fabricants, les distributeurs, les vendeurs, les réparateurs après-vente voire même certains consommateurs qui y voient l’opportunité de changer régulièrement d’appareils électriques ou électroniques (pour ne citer que ceux-là). Mais l’environnement est, au même titre que le pouvoir d’achat des consommateurs ou le taux de croissance, au coeur des débats et suscite l’inquiétude.

Ce grand nombre de déchet vient du fait que les appareils électriques ou électroniques sont très régulièrement renouvelés : un Français achète environ six fois plus d’équipements électriques ou électroniques qu’au début des années 1990.

Les structures de recyclage actuelles se retrouve dans l’incapacité de recycler un si grand nombre de déchets mais aussi l’incapacité même de savoir comment recycler ce type de biens, qui suscite un traitement particulier. Au lieu d’être recyclés, ces biens pour 70% d’entre eux sont incinérés, enfouis ou traités dans des filières informelles, c’est-à-dire d’un tri collectif. Il leur est donc impossible d’être recyclés. Et parmi les 30% restants qui font l’objet de la collecte sélective, seulement 2% sont réemployés.

Donc où vont ces déchets ? En France ? En Allemagne ? Aux États-Unis ? La réponse est un sujet tabou, tout le monde en a conscience mais peu veulent faire face à la réalité. Non, la plupart des déchets sont importés « clandestinement » vers les pays en difficulté tel que l’Afrique, l’Asie ou les pays de l’Est.

Dans un rapport paru en août, Greenpeace dénonce les conditions dans lesquelles certains déchets électroniques provenant d’Allemagne, de Corée, de Suisse, et des Pays-Bas sont « recyclés » au Ghana. Les produit numériques sont le plus souvent brûlés. Résultat : une contamination importante des sols recouverts par ces cendres avec les substances chimiques toxiques présentes dans les machines ou générées lors de la combustion. Nombre de ces produits, contenant des éléments métalliques et chimiques dangereux, passent par des pays avec une réglementation minimaliste voire inexistante. Résultat : l’Afrique en particulier est le réceptacle de cette pollution croissante. Selon Greenpeace, entre 20 et 50 millions de tonnes de ces déchets sont générées dans le monde chaque années. L’organisation appelle à un « plus grand contrôle de la circulation transfrontalière de ces déchets et de leur recyclage. » Elle insiste sur le besoin d’éco-conception pour les nouveaux appareils électroniques (moins de substances toxiques, recyclage facilité, etc.) Bien sûr, des directives comme la DEEE et la RoHS (Restrictions on Hazardous Substances) sont de vraies avancées, mais elles se limitent à l’Europe

Greenpeace souhaiterait les voir étendues au reste du monde et à d’autres substances dangereuses.

Au lieu d’être recyclés, ces biens pour 70% d’entre eux sont incinérés, enfouis ou traités dans des filières informelles, c’est-à-dire d’un tri collectif. Il leur est donc impossible d’être recyclés. Et parmi les 30% restants qui font l’objet de la collecte sélective, seulement 2% sont réemployés.

DEEE : qu’est-ce que c’est?

Les DEEE qualifient l’équipement ou une partie d’Equipement Electrique et Electronique (EEE), obsolète, arrivé en fin de vie ou ayant perdu son usage initial. Sont définis par l’article R543-172 du code de l’environnement comme étant des EEE, les appareils fonctionnant grâce à un courant électrique ou à un champ électromagnétique. Si l’on se réfère aux chiffres publiés par l’Ademe (Agence De l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie), près de 1 500 000 tonnes d’équipements électriques et électroniques ont été mis sur le marché français en 2011. Ces déchets issus de produits nécessaires à notre vie professionnelle ou personnelle sont en augmentation constante depuis plusieurs décennies. La société actuelle est confrontée à un enjeu de premier ordre : pourquoi et comment les gérer ? Ces déchets font l’objet d’une prise en compte en filière dite REP (Responsabilité Élargie des Producteurs) depuis le 15 août 2005 et la transposition en droit français dans le code de l’environnement de la directive 2002/96/CE de l’Union Européenne qui précise que les producteurs d’EEE sont responsables de la fin de vie de leurs produits mis sur le marché. Cette responsabilité s’applique aux DEEE issus des ménages ainsi qu’aux DEEE issus des entreprises.

Les DEEE contiennent des matériaux polluants et des matériaux valorisables. La collecte et le traitement des DEEE en filière REP permet d’une part de limiter le gaspillage des ressources naturelles nécessaires à leur conception et d’autre part, d’éviter la disséminions de certains polluants.

Les polluants : les gaz CFC, le plomb, le mercure…

Les matériaux valorisable : Les métaux ferreux et non-ferreux, les plastiques, le verre, les terres rares…

Il est donc important et vital de se préoccuper de ses DEEE, comme une obligation réglementaire qui permet de réduire sensiblement son empreinte environnementale.

Certaines plateformes en ligne qui luttent pour le développement durable, tel que Séquovia, dirigent et conseillent les consommateurs sur le recyclage de leur DEEE (http://www.sequovia.com/solutions-developpement-durable/vmchk/recyclage-informatique.php)

Informatique durable

L’informatique durable ou green information technology est un concept qui vise à réduire l’empreinte écologique, économique, et sociale des TIC (Technologies de l’Information et de la Communication). Il s’agit d’une manière globale et cohérente de réduire les nuisances rencontrées dans le domaine des équipements informatiques et ce, durant l’ensemble de la durée de vie de chaque équipement : soit aux différents stades de fabrication, d’utilisation (consommation d’énergie) et de fin de vie (gestion/récupération des déchets, pollution, épuisement des ressources non renouvelables). Ce concept s’inscrit plus largement dans la notion d’informatique éco-responsable ou développement durable

Le Journal officiel français du 12 juillet 2009 donne « éco-TIC » comme équivalent de « Informatique verte ». Selon la définition qu’il en donne, les « écotechniques de l’information et de la communication » sont des techniques de l’information et de la communication dont la conception ou l’emploi permettent de réduire les effets négatifs de l’activité humaine sur l’environnement. Le Journal officiel précise que « la réduction des effets négatifs de l’activité humaine sur l’environnement tient à la diminution de la consommation d’énergie et des émissions de gaz à effet de serre qui résulte du recours aux écotechniques ou à la conception même de ces techniques, qui s’attache à diminuer les agressions qu’elles pourraient faire subir à l’environnement au cours de leur cycle de vie ».

« la réduction des effets négatifs de l’activité humaine sur l’environnement tient à la diminution de la consommation d’énergie et des émissions de gaz à effet de serre qui résulte du recours aux écotechniques ou à la conception même de ces techniques, qui s’attache à diminuer les agressions qu’elles pourraient faire subir à l’environnement au cours de leur cycle de vie »

Article de Julie Zuber, étudiante en Master 1 à IRAM.

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