Article de Samantha Giordano, étudiante en Master 1 à IRAM.

Tiers-Lieux… Quésako ?

Source : Amazing. www.amazing-player.eu

Avant d’être un lieu physique, le tiers-lieu est avant tout une pratique, un état d’esprit. Moins que les lieux eux-mêmes, ce sont les gens qui les constituent qui les revendiquent comme tels, qui en font ce que nous connaissons d’eux.

Faisons un petit saut dans le temps pour comprendre l’émergence et le développement stupéfiant de ce « mouvement ».

C’est il y a quelques décennies, en 1989 pour être plus précise, que le terme « tiers-lieux » né sous la plume de Ray Oldenburg dans son ouvrage The Great, Good place. Celui-ci définit ces lieux comme prenant vie dans un écosystème global se distinguant des deux autres principaux environnements sociaux que sont la maison et le travail. Ce sont de nouveaux lieux hybrides ni privés, ni publiques où les pratiques se mélangent, on y vient pour créer de nouvelles interactions sociales et créatives, pour travailler, faire de nouvelles rencontres, échanger… et tout cela dans une ambiance conviviale sortant du cadre personnel ou professionnel. Un troisième lieu que l’on est libre de s’approprier tel qu’on le souhaite, au gré de nos envies et nos besoins.

 

Avec la démocratisation des outils numériques, les lieux de travail se multiplient. On ne travaille plus seulement dans ses bureaux, mais partout où l’on en a envie : chez soi, au café, dans le hall d’un aéroport, dans le bus… Selon une étude menée par les Editions Tissot et OpinionWay (source), 73 % des cadres travaillent hors de leur bureau. Et ce ne sont pas les seuls ! Qui n’a jamais utilisé son smartphone pour écrire un mail que l’on n’a pas eu le temps d’envoyer avant d’aller prendre son train ?

De nombreux lieux physiques dédiés à ces nouvelles pratiques ont vu le jour ces dernières années. Ce sont des espaces de co-working, des Fablabs, des HackerSpace, des Repair’Café, des jardins partagés… Ils prennent diverses formes mais restent avant tout des infrastructures se concentrant sur la valorisation du territoire par l’émergence de projets collectifs.

Plus qu’une démarche personnelle ces lieux se définissent par un véritable esprit communautaire. Chacun participe d’une manière ou d’une autre à faire vivre le lieu et le territoire dans lequel il s’inscrit.

Une communauté pour faire vivre le territoire

Comme expliqué sur le site de Movilab (source), « Un Tiers-Lieu ne se définit pas par ce qu’il est mais par ce que l’on en fait !

En effet, c’est avant tout les usages qui sont fait dans ce lieu qui en dessineront son identité et qui le feront vivre. Il s’ancre dans un territoire et c’est ce dernier qui le fait exister. Mais un territoire n’est-il pas avant tout une communauté ? Voilà donc ce qu’est un Tiers-lieu, des personnes issues d’horizons différents voulant co-créer, avancer, évoluer ENSEMBLE au service de projets collectifs et individuels. Ce sont les usagers qui font avant tout vivre ces lieux.

 

Vous vous sentez l’âme créatrice ? Vous avez envie de vous impliquer dans des projets ? De partager vos connaissances et vos compétences ? Alors les Tiers-Lieux sont fait pour vous !

 

Ils sont d’une certaine façon une ressourcerie de compétences, de savoirs, de techniques rassemblés afin de créer des projets innovants et de nouvelles valeurs pour le territoire en se basant sur les ressources déjà existantes sur ce dernier

Ce sont des lieux où vous pourrez venir rencontrer, échanger, partager, travailler, vous détendre, laisser libre cours à votre imagination…! De nombreux évènements y sont en général organisés afin d’animer la communauté et de toujours faire naître de nouveaux projets. C’est un espace où la co-création est le maître-mot ! Le tiers-lieu donne à chaque individu la possibilité de s’approprier le lieu et les savoirs. Ainsi les animations et les interactions entre chacun n’est pas seulement la responsabilité d’une seule personne, mais celle de tous et surtout de vous ! Comme le dit Marie D. Martel « l’animation apparaît comme la condition indispensable, voire le socle du Tiers-lieu. Cette animation a pour rôle de stimuler la « connectivité », de cristalliser les pôles d’échanges et de fertilisation croisée, de tuteurer les innovations et les initiatives créatives naissantes et de piloter la capitalisation des connaissances et des expériences. (source

 

Atelier Makey Makey : Jouer au Tetris ou faire de la musique avec des fruits et des fourchettes !

Favoriser des situations de travail collaboratif

Mais au-delà de l’aspect social lié au territoire que peuvent revêtir les Tiers-lieux, c’est l’aspect collaboratif qui fait l’essence même de ces nouveaux espaces. Il est « empreint de valeurs d’ouverture, de solidarité, d’échanges et de partages (source) ».

Ces lieux sont les portes paroles de nouvelles méthodes de travail où chaque individu est légitime de partager son savoir, de permettre aux autres de se réapproprier ce savoir mais également d’apprendre des autres. Il est important de comprendre que le partage est une notion clé de ces lieux. On y vient pour découvrir et faire découvrir, ce sont des lieux de création et d’échanges.

On y co-construit des initiatives communes, où chacun peut librement apporter sa brique à un édifice commun.

 

Vous avez un projet mais vous n’avez pas toutes les compétences pour le réaliser ? Les Tiers-lieux sont là pour vous faire rencontrer des personnes qui pourront vous faire partager leurs savoirs, et qui sait, peut-être ces simples rencontres se transformeront elles en collaboration ?

 

Le travail collaboratif est de plus en plus valorisé dans notre société notamment dans la méthodologie de projet où la hiérarchie verticale est souvent mise de côté pour une hiérarchie horizontale. D’après le Manifeste des Tiers-Lieux rédigé par Movilab (source) « ce désenclavement des disciplines et des métiers génère une approche transdisciplinaire qui permet d’appréhender la totalité du cycle de vie d’un projet ». Chacun dispose de ses propres compétences et les mets à profit en les croisant avec celles des autres collaborateurs. Ainsi chacun peut apprendre aux autres, et apprendre des autres.

En effet « c’est par le partage et la production de biens communs avec des individus hétérogènes, que le Tiers-Lieu permet de générer de nouveaux services à valeurs ajoutées pour le territoire. » (source).

 

Les Tiers-Lieux sont donc des espaces de transition entre une volonté de créer et la création elle-même. Ils sont porteurs d’une certaine culture commune, d’un état d’esprit particulier où l’échange et le partage sont au cœur même de leur ADN. C’est ainsi que se développe la créativité et née l’innovation : en créant des situations de production créative.

Atelier Makey Makey : Jouer au Tetris ou faire de la musique avec des fruits et des fourchettes !

Les Tiers-Lieux au service de la sérendipité

Vous l’aurez donc compris, on y vient surtout pour travailler, mais cela dans un cadre unique où partage et confiance y sont deux mots d’ordre. On y favorise les discussions et les rencontres afin de créer des situations de création, mais surtout d’exploration. Le but ? Innover !

Le co-working est au centre de cette démarche, il permet une approche transversale et implique des individus venus d’horizons divers et ayant des profils hétérogènes. On y mélange donc profils, compétences, âges, cultures… et cela au service de la sérendipité. Il n’y a plus de barrières, et ainsi la créativité peut s’exprimer librement. Ce « Meltin’Pot » promet de vous offrir de véritables surprises et les projets initiés prennent parfois un tournant inattendu. Vous y viendrez pour faire de nouvelles connaissances et vous y repartirez peut-être avec de nouveaux collaborateurs et de nouveaux projets à réaliser dans la poche.

On y passe souvent de l’intention à la réalisation de manière inattendue et surprenante, mais n’est-ce pas ce qui fait le charme de ces Tiers-lieux ? Ils créent de l’imprévisible, ils multiplient les possibles et les opportunités d’innovations.

Source : Amazing.
http://www.amazing-player.eu/

De nouvelles pratiques sociales et culturelles

Les principes des Tiers-lieux (partage, échange, ouverture…) tendent vers la question d’une certaine intelligence collective, d’une nouvelle dynamique sociale et culturelle où chacun pourrait y trouver sa place. On ne se contente plus de penser chacun de son côté, on réfléchit ensemble. L’évolution d’un territoire ne se pense plus individuellement mais collectivement et c’est peut-être là la force majeure de ces nouveaux espaces de co-production. Ils font émerger de nouvelles pratiques, de nouveaux enjeux sociaux et économiques qui nous font réfléchir à l’évolution que nous pouvons donner à notre société actuelle.

En effet, beaucoup de structures cherchent des solutions pour reconstituer un système de valeurs viable, et les Tiers-lieux sont peut-être une alternative pour expérimenter de nouvelles solutions à l’échelle d’un territoire grâce à la création d’un sens commun. En s’appuyant sur des ressources existantes, et en les mettant en cohérence il est possible de créer un nouveau capital économique et social grâce à un socle commun, celui du vivre ensemble et créer ensemble afin de passer d’une logique individuelle à une logique collective de réappropriation.

 

Ainsi nous pourrions nous demander si ces Tiers-Lieux ne se rapprochent pas d’une certaine manière des « laboratoires sociaux » tels que l’entendent les disciplines de l’Ecole de Chicago. En effet, comme nous l’explique Anne Raulin[1], « les termes de « laboratoire social » sont devenus classiques pour qualifier la ville dans son aspect d’expérimentation les plus imprévisibles et/ou les plus inédits… ».

[1] Raulin Anne, « Utopies locales et laboratoire social : l’exemple du 13e arrondissement de Paris. », L’Année sociologique 1/2008 (Vol. 58) , p. 47-70

Article de Samantha Giordano, étudiante en Master 1 à IRAM.